Florian Grézat

Ecrits…

Extrait de « Amours Ancestrales », Edition SéLa Prod, Mars 2019


Demain


Demain, je vais t’aimer et me souvenir que je te connais depuis les tohu-bohu

Le temps ne sera pas notre allier ; seul subsistera l’instant

Les fleurs pousseront au-dedans, elles n’écloront pour personne

Pour toi seulement. Pour moi peut-être

Demain, je vais t’aimer

Il ne s’agira pas de nous, mais de la nuit oublieuse d’elle-même

Elle se gargarisera d’être le lieu de nos gestes innomés


Demain, je vais t’aimer

Tu ne le sais pas encore

Il se peut que tu le sentes au détour d’un sourire qui se remonte lentement

Ou de ce silence si doux entre nous

Demain, je vais t’aimer 

Même si je ne sais presque rien de toi…

Un voile léger te recouvre — il éveil les sangs

Tu sais, mon histoire aimerait côtoyer ton histoire,

ma solitude caresser ta solitude 

Si tu le veux bien, je me saoulerai avec les embruns du temps et ceux de tes mots 


Demain, je vais t’aimer

Je sais des soleils improbables au fond de tes yeux

Je les vois parfois qui surnagent et qui dansent

J’aimerais me chaotiser la chevelure pour te persuader qu’une étoile filante est

bien logée dans ma boite crânienne

Demain, je vais t’aimer

Pour toi, je provoquerai la mode en duel

Tu sais, celle qui ne laisse pas les corps tranquilles

Je me transbahuterai d’un monde à un autre 

Pour toi, je marcherai sous la pluie, bouche ouverte, cœur en vrac


Demain, je vais t’aimer

Pour toi, j’oserai bénir ma nudité et te l’offrir

J’irai vers moi, à mon rythme, avec sous la peau l’ombre des saisons

Demain, je t’aime 

Ecrit à l’occasion de « Ecrivez-vous de partout »

Mosaïque géo-poétique en Auvergne Rhône Alpes, proposition d’Anne Rapp


Il est des soleils troublants qui se lèvent sur le rocher du Caire, 

les vautours fauves le savent, eux qui tirent leur subsistance du non formulé.

Ils ont des fidélités arrimés aux cycles et des vols intemporels. 

Le calcaire se souvient de la floraison des lavandes sous les peaux fatiguées.

En avril, les genêts scorpions se parent d’une lumière qui donne à penser. Une lumière épineuse…

Trois corbeaux virevoltent et posent leurs ailes sur des vents qui n’existent pas


Le gypaète barbu veille


Mais je ne sais rien de tout cela car je suis nu au-dedans de l’Eygues qui va à rebours du temps.

Il me faut passer de l’eau à la crête, pieds nus, pour sentir l’oeuvre des jours et l’oeuvre des nuits sur ma peau.

Entendre la rivière travailler les pierres dans un roulis incessant, crapahuter sur des vires-nuits, remonter des éboulis-rêves.

Grimper en se retournant de temps en temps et voir l’Eygues se prélasser.


Adossé à la croix dressée, je vois les soleils troublants se saisir de l’instant.

Au rocher du Caire, les corps ne se disent pas, ils se racontent. Souvent ils se taisent.


Le gypaète barbu veille sur l’humanité lasse d’elle-même. Les os qu’il lâche en plein vol sont des os-poèmes oubliés qui se brisent sur la roche. Chaque éclat de squelette est une invitation à chercher le mot juste.


Les lavandes ont fleurit

Les lavandes fleurissent 

Les lavandes fleuriront


Et les vautours, eux, se rassasieront de cet amour de moi pour toi resté trop longtemps sous ma peau calcaire.